Iberdrola peut mieux faire

Trop souvent la transparence l'emporte sur la responsabilité… Ainsi le grand opérateur d’électricité espagnol Iberdrola, vitrine internationale de gouvernance et en particulier de transparence, nous présente un exemple de bonne volonté centralisée mais aussi de très bonnes rémunérations de dirigeants peu contrôlées. La société qui dispose d’une limitation de droit de vote de 10% se refuse d’ailleurs à faire voter sa politique de rémunération. Le règlement intérieur d'Iberdrola prévoit, usage hérité du Royaume Uni, une démission obligatoire de ses administrateurs dans le cas de tout acte ayant causé un dommage sérieux à la valeur de la société, de la perte de respect commercial et professionnel requis, et d'une "réprimande sérieuse des deux tiers des membres du conseil sur proposition du comité d'audit "!...

La société indique heureusement que les sommes consacrées à la rémunération de tous les administrateurs ne saurait dépasser 2% du bénéfice annuel consolidé - même moins de 1% en 2009 - sous condition préalable de couverture des réserves légales et d’un dividende annoncé minimum de 4% du capital nominal…Certes, mais 1% d’un chiffre énorme est un chiffre important et 4% d’un nominal, c’est 10% du dividende actuel…

Autre trait original: la société, qui offre à tous ses dirigeants cinq ans d’indemnité de départ, a prévu pour tout administrateur externe une forme d’indemnité en cas de départ non causé par son seul gré avec versement de 90% de sa rémunération annuelle d’administrateur majorée de 2% par an jusqu’à la date d’échéance du mandat, sous seule condition de non-concurrence. Car, autre originalité bien regrettable, les administrateurs peuvent être pratiquement démis par le conseil sinon par le président... La société qui reconnaît payer 364 000 € primes de couvertures d’assurances responsabilité civile pour ses administrateurs, les rémunère tous très bien : son président (567 000€), son vice président et chaque président de comités spécialisés (440 000€ chacun), de même les administrateurs membres de comité (253 000 € chacun) ou administrateurs ordinaires (165 000 euros chacun), tout ceci majoré de 4 000 € par séance pour les présidents et vice-présidents et 2000 € pour les autres administrateurs, soit au total compte tenu de frais externes du conseil de 778 000 € , au total quelques 6 000 000 € pour le conseil hors rémunération des dirigeants exécutifs.

Le PDG d’Iberdrola était non seulement président mais aussi dirigeant, il pouvait donc ajouter à ses heureuses rémunérations de supervision (au total 695 000€ ), celle des fonctions qu’il supervise... Donc un fixe qui ne « saurait excéder 50% du total de ces rémunérations », et un variable bien indexé sur des critères non vérifiables, soit respectivement 2, 25 millions € de fixe et encore 2,25 millions € de variable pour 2009.

Il faut ajouter quelques 58 000 € d’avantages en nature et surtout la dotation de 613 836 actions à bons de souscription d’actions de sa filiale à 80% Iberdrola Renovables S.A et en plus 1,500,000 stock-options Iberdrola offertes dans le cadre du Strategic Bonds Iberdrola 2008-2010 : ce bonus indexé conditionnel exigeant une performance ambitieuse à fin 2010 ne peut être retenu que pour 20% de l'espérance offerte en 2008, soit pour l'équivalent d'1 M€ au titre de 2009

Au total Mr José Ignacio Sánchez Galán, PDG d’Iberdrola aurait donc gagné près de 8 millions d’euros pour son année difficile 2009, preque 480 SMIC, pour une année économique plutôt serrée pour les actionnaires d’Iberdrola et ses concitoyens européens. Tous nos félicitations !

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