Vivendi : opprobre ou lâcheté ?

La France ne dispose pas d’un système de réparation collective digne de ce nom : quand les actionnaires, les salariés, les consommateurs sont lésés par l’agissement irresponsable d’une grande entreprise (on pense aux problèmes de santé publique tout comme aux dossiers Crédit Lyonnais, Vivendi-Universal ou Natixis), l’impunité des dirigeants est pratiquement garantie et les recours en réparation auprès des tribunaux français sont très difficiles à engager, il ne reste que l’aumône de la médiation par l’AMF.

L’ADAM et deux actionnaires courageux, dans l’intérêt de plusieurs centaines d’actionnaires ayant acheté leurs titres Vivendi-Universal avant le 13 août 2002 et lésés par la communication optimiste de Jean-Marie Messier, ont choisi de participer à la « class-action » en cours aux Etats-Unis: c’était la seule voie de droit qui restait aux actionnaires alors que dans ce dossier trop politique, le Procureur de la République a jusqu’ici, hélas, requis un non-lieu.

La gestion de Vivendi-Universal à cette époque présentait, rappelons le, tous les excès et les manquements que peuvent craindre les épargnants, et Jean-Marie Messier, brillantissime représentant de la caste sacrée (x-ena-inspection-cabinet) aura été activement protégé, et bénéficié même de l’indulgence du gendarme de la bourse, la COB devenue AMF…

Or Vivendi n’a pas hésité à assigner (Les Echos du 12 octobre 2009) Colette Neuville, présidente de l’ADAM, et les actionnaires plaignants devant le TGI de Paris pour "usage abusif d'une procédure" avec la demande d'un million d'euros de dommages-intérêts, d’une injonction d'abandonner l'action collective américaine en cours sous astreinte de 50 000 euros par jour, 200 000 euros d’indemnisation au titre de l’article 700, plus 3 000 euros par personne d'amende et enfin un euro pour atteinte à l'image !

On ne comprend pas cet acharnement, ce chantage indigne, de la part des dirigeants actuels de Vivendi. C’est bien Vivendi-Universal, qui ambitionnait à l’époque le statut de blue chip à Wall Street qui a choisi de se conformer au droit américain de protection des épargnants. C’est bien Vivendi qui est partie civile dans la procédure pénale française en cours alors que dans le dossier américain, il fait cause commune avec Jean Marie Messier… Certes, la société, si elle était condamnée par le tribunal américain, devrait indemniser tous ces actionnaires, peut-être de l’équivalent d’un dividende annuel, mais elle améliorerait enfin son image en se désolidarisant des comportements du passé.

L’hypocrisie du retournement des administrateurs est affligeant : de Claude Bébéar qui a « pensé souhaiter licencier » Jean-Marie Messier « sans le dire ! » à Jean-René Fourtou, président du conseil de surveillance, qui déclarait en juillet 2002 que le groupe était au bord de la cessation de paiements et qui dit maintenant qu'il n'a jamais décelé les irrégularités alléguées par des actionnaires… Dans un pays où le consommateur comme l'actionnaire reste peu protégé et jamais indemnisé, Messieurs les administrateurs de Vivendi, veuillez de grâce cessez d’agir comme factotum de l’Elysée contre toute possibilité de réparation collective en France et contre le courageux engagement de Colette Neuville.