La CDC progresse tandis que l'AMF couvre les banques

Les Entretiens de l'AMF nous ont déçus, l'AMF, autorité indépendante, refuse le progrès alors que la CDC, elle, progresse.

Pierre-Henri Leroy vous livre ici ses notes sur les Entretiens de l’AMF.

En pleine tourmente de la dette italienne et de la notation française, le président de l’AMF Jean-Pierre Jouyet a appelé à la mise en place rapide des mesures de régulation financière adoptées par le G20, magnifiant et se réjouissant des réformes adoptées, à nos yeux souvent trop accessoires: agences de notation, fonds spéculatifs, système européen de régulation financière, renforcement des fonds propres bancaires, rémunération des opérateurs de marché, régulation des ventes à découvert, régulation des marchés de dérivés de gré à gré… Il appelle utilement à une réponse soutenue à la consultation sur la Directive sur les Marchés d’Instruments Financiers pour réaffirmer le rôle des marchés transparents multilatéraux comme outil de formation des prix, au service du financement de l’économie et des entreprises.

Jean-Pierre Jouyet a effectivement raison de critiquer la proposition de création de nouvelles plate-formes, appelées OTF, et réglementant les crossing-networks, pour bloquer le glissement des marchés vers l’opacité. Pour nous, la seule dissociation des métiers bancaires aurait suffi à interdire aux grandes banques à ne pas participer à la création de telles bourses privées occultes. Jean-Pierre Jouyet en est réduit à demander – et nous le soutenons - une hiérarchie claire entre les différentes catégories de plate-formes, favorisant les plus publiques et transparentes, pénalisant les « dark pools » ou autres systèmes interbancaires qui profitent indument des protections offertes des marchés grand public sans y contribuer. Il faut effectivement exiger d’eux la transparence de formation des prix et la consolidation post-négociation. Il convient bien que l’ESMA ait la possibilité de fixer des règles précises de fonctionnement des tous ces marchés, en particulier sur les temps de latence ou les tarifs appliqués. Il faut aussi que la Directive Abus de Marchés exige la transmission des carnets d’ordre aux régulateurs pour réduire l’espace des opérations d’initié.

Pour le refinancement de l’économie, le Président de l’AMF nous a semblé beaucoup moins pertinent: il ne semble connaître ni le rapport Vickers ni les positions du SPD sur les banques, il se garde bien de parler de supprimer les conflits d’intérêts des banques universelles ou de parler – serait-ce mauvais goût ? - des épargnants: il se contente de promouvoir le Fonds Commun de Placement à Risques comme forme de véhicule européen de financement des start-ups, met ses pas dans ceux des banques sur les normes comptables pour que les CDS souverains ne soient pas « marked to market », justifiant par avance les manipulations de nos banques cet été sur leurs opérations de couverture de risques souverains. Le président de l’AMF est-il en service commandé pour admettre même les exigences de « mark to market » comme excuse des banques pour délaisser certains actifs longs, en raison de « leur effet sur la volatilité du résultat» : cynique ou faible Jean-Pierre Jouyet ?

Sur la gouvernance, le président de l’AMF est flou: il ne l’aborde que du point de vue de la gestion des risques des établissements bancaires ou non bancaires « La qualité de la gouvernance devient un critère de plus en plus important aux yeux des investisseurs... Une meilleure gouvernance est le corollaire indispensable du retour à la confiance. » Fort bien, mais pourquoi Monsieur le Président ne pas évoquer directement le problème que vous connaissez si bien, celui des conflits d’intérêts internes des banques et des asset-managers, de ces confusions malsaines que le Trésor encourage depuis 40 ans et qui paralysent le fonctionnement normal des organes de contrôle des banques et de toutes les sociétés cotées?

L’atelier habituel sur la situation économique mené par Thierry Francq, Secrétaire Général nous a aussi déçu. Là encore, aucune mention du rapport Vickers ou des velléités de réforme du système bancaire. Reconnaissant que les normes prudentielles vont conduire les établissements financiers à réduire leur volume de crédits à l’économie, Gérard Mestrallet, PDG de GDF-Suez et président de Paris Europlace, et Dominique Cerutti, directeur général adjoint de Nyse Euronext, ont eu des mots émus pour nos pauvres PME en difficulté, encourageant par avance les mesures qui seront proposées par le rapport Giami-Rameix sur le financement des PME cotées, ainsi que les groupements de sociétés pour émettre de la dette plus facilement. Aucun de ces orateurs, qui vivent sur une planète sans peuple, de mentionner l’épargnant investisseur final ou l’actionnaire, à l’exception de Lionel Zinsou, PDG de PAI Partners qui, lui, compte pour ses LBO sur les riches Américains...

Une fois de plus un capitalisme français sans capitalistes, animal virtuel technocratique et parisien, inexistant.

Sans surprise, Maurice Levy, Président du directoire de Publicis, au nom de l’AFEP, a de son côté apporté lors de l'atelier suivant un satisfecit au patronat pour la mise en jeu des recommandations AFEP-Medef, l’auto-régulation ayant à ses yeux, comme l’auto-encensement, démontré ses mérites. Ainsi en est-il de la montée réussie à 20% de la part des femmes dans les conseils d’administration du CAC 40, grâce, non pas à la loi Zimmermann, mais à l’AFEP-Medef bien évidemment. Président de l’AFEP, il réclame des mesures contre les agences « proxy » qui font tant de mal…


Le Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations, Augustin de Romanet, a lui apporté une lueur d’espoir dans cette période difficile en présentant avec vigueur la politique de vote et les diligences d’investisseur du très influent «fonds souverain » français. Chacun le sait, la Caisse des Dépôts et Consignations est, comme acteur direct ou indirect via certains fonds, dont le FSI, un actionnaire de poids des sociétés françaises.

Elle a ainsi participé en 2011 à plus de 240 assemblées et voté contre 6% des résolutions présentées mais aussi dérogé dans 20% des cas à une interprétation stricte de sa politique de vote qu’elle va prochainement publier.

Prenant à contre-pied Colette Neuville sur la question, Augustin de Romanet a ainsi rappelé l'importance d’une meilleure gouvernance. Sans frémir face au Patron des patrons qui repique à 69 ans pour quatre ans au Directoire de Publicis Groupe, il rappelle que les patrons doivent préparer leur succession. Il fait savoir que la politique de vote de la CDC exige que les exécutifs n’aient pas plus de deux mandats extérieur à leur groupe, que soient rejetées les mesures anti-OPA du type bon Breton et que la CDC avait même refusé d’approuver plusieurs dizaines de résolution de rémunérations de dirigeant en 2011... Voilà du bon sens !


Enfin Baroin vint !

Le fringuant Ministre des Finances, François Baroin, concluant la réunion comme le ruban du paquet cadeau, par un discours de langue de bois et des effets de menton contre la fameuse « boulette » de Standards & Poors, se félicitant d’avoir augmenté le budget de l’AMF et réclamant des sanctions contre ces agences de notation qui font tant de mal.

Surréaliste!

1er décembre 2011


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