Il faut d'abord tordre le cou à une insanité trop souvent entendue : l'argent consacré au rachat d'actions avec ou sans annulation des titres ne va pas, comme il est trop souvent écrit, dans la poche des actionnaires. Toute confusion superficielle avec le dividende doit être vigoureusement condamnée.
Certes, à partir d’un niveau de valorisation inférieure à celui des fonds propres, lorsque le P/E ne reflète plus les anticipations des analystes et de la société, l'intérêt d’une opération de relution est évoqué, mais ses risques ne doivent pas être oubliés.
Nombre de sociétés et non des moindres se sont brûlées les doigts ces deux dernières années en rachetant leurs titres bien au-dessus des cours actuels puis en tentant d’excuser l’erreur économique visible par une réduction du capital.
Soyons charitable, la liste est longue et qui traduit souvent un manque profond de maturité économique lorsque l'on entend un champion de la cote attribuer son succès à sa « stratégie de rachat d'actions »...C’est un comble quand on observe que l’opération ne consacre parfois qu’une absence de stratégie industrielle avouée.
Le calcul financier d'opportunité d’une annulation de capital doit tout prendre en compte et, au premier chef, un critère trop oublié : le cout d'opportunité de remplacement des fonds propres.
A l'heure où le crédit bancaire se raréfie, à l'heure où les fonds propres sont la denrée rare, il semble malsain de vouloir réduire son capital. Certes Bouygues n'est pas trop endettée, mais la perte partielle de l'avantage stratégique d’une forte position en capital semble inquiétante pour un groupe multi-métiers que l’on a connu très dynamique.
Bouygues se sentirait en risque d'OPA hostile ? Allons donc, Martin Bouygues qui dispose déjà d'un formidable capital de crédit auprès de ses actionnaires semble la victime facile du lobby bancaire.
La crise de la Bourse est une crise de l'actionnariat individuel sacrifié à la logique des banques universelles. Martin Bouygues, qui n'ose pas protester auprès des autorités de la concurrence quand le premier promoteur immobilier français est une banque protégée par le contribuable, perdra plus à réduire sa surface financière et à réduire son flottant au lieu de convaincre plus d'actionnaires individuels en augmentant son dividende et en les ralliant de sa stratégie.
12 Septembre 2011
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