La Bourse est le poumon faible de nos économies



Editorial de Pierre-Henri Leroy -

Thermomètre et surtout baromètre de l’économie, le marché des actions a gardé sa fiabilité; en revanche, sa fonction première de poumon de l’économie est tombée en panne. Indispensable source distributive des fonds propres, le marché des actions occidental semble devenir anémique et porter lentement mais sûrement notre corps économique à l’asphyxie. Il convient sans attendre de soigner ce poumon pour réactiver l’économie occidentale.

Nombre de sociétés et toutes les banques se trouvant désormais valorisées au-dessous de leur situation nette comptable de fin 2010 et leur valeur boursière de 2001. Pourtant, hors exceptions, les sociétés cotées non financières ont peu à craindre directement de crise de solvabilité des débiteurs souverains. Les actionnaires quittent donc la bourse alors même que les cours sont plus attractifs que jamais : en France, de sept millions d’actionnaires individuels il y a quinze ans il ne resterait plus que quatre voire trois millions de portefeuilles particuliers.

L’éviction des actionnaires individuels

Le désintérêt des actionnaires individuels a été l’une des conséquences du libéralisme pro-bancaire généralisé de ces trois dernières décennies. Du coté anglo-saxon, c’est l’abandon du Glass Steagall Act puis la promotion de mesures comme la directive MIFID destinée à favoriser le marché de gros, renchérissant et décourageant l’accès direct des particuliers au marché des actions. En France, la « banque à l’allemande », capitalisme sans vrais capitalistes, permit surtout et permet toujours à certains de s’enrichir rapidement tandis que les deux millions de souscripteurs lésés et non indemnisés sont partis. Un redémarrage économique requiert la confiance, et la clef indispensable de la reconstruction nécessaire est bien le retour de l’épargne vers les actions. Le système bancaire ayant fermé l’accès de la bourse aux particuliers donc à l’épargne vivante, il devient urgent de réformer comme l’ont clairement exprimé les représentants des actionnaires lors de la Consultation de la Commission Européenne Gouvernance de juillet 2011.

Comment guérir?

Il convient d’abord que chaque pays mette le monopole bancaire devant les responsabilités que lui impose le soutien des contribuables. Mettre fin sans attendre à la concurrence déloyale des banques dans de multiples secteurs concurrentiels comme l’immobilier, la gestion de l’épargne, l’assurance, c’est aussi poser la question de la qualité des services bancaires aux particuliers et aux entreprises. Il faut, par le jeu de simples scissions, recentrer les banques sur les seuls métiers de l’épargne et le crédit pour redynamiser ces activités mais aussi chacun des secteurs pollués par la présence peu créative des grandes banques. Contrepartie positive pour les banques de cette nouvelle discipline, et à l’opposé de ce que préconise le FMI, il convient de ne plus alourdir les besoins en fonds propres de l’activité bancaire, et même de revenir sur les exigences imposées dans ce domaine au secteur de l’assurance. Ces exigences de réserves de solvabilité augmentent les marges sur les opérations de crédit déjà alourdies depuis 2008 et, après avoir réalisé le retrait catastrophique des assureurs du marché des actions, freineront toute relance par l’investissement.

Il convient en second lieu de revaloriser plus directement le rôle indispensable des actionnaires individuels, encourager leur participation et leur fidélisation. Quelques ajustements des règles européennes ont ainsi été suggérés imposant aux intermédiaires et aux plate-formes d’échanges la fourniture de services gratuits aux déposants, services devenus payants, comme l’information sur les cours et les transactions, l’inscription nominative des titres pour l’assemblée générale, la confirmation du traitement des ordres et des votes d’actionnaires, etc…

Ceci implique aussi de réformer la gouvernance défectueuse des sociétés cotées, rétablir les droits de l’actionnaire en assemblée générale, resserrer le contrôle des conventions réglementées, une meilleure transparence et un vote systématique sur les rémunérations, réformer le dividende en actions ; etc… Enfin, il faut que les actionnaires se sachent enfin protégés contre les exactions. Il faut cesser de protéger trop de grandes entreprises et patrons contre le grand public des consommateurs ou des épargnants: le retour de l’actionnaire exige l’instauration d’une modalité judiciaire de réparation collective, une class-action adaptée à l’européenne. Sans sanctions pénales et civiles, les règles du jeu du marché sont bafouées, l’épargnant se détourne.


Les grands investisseurs internationaux réunis à Paris pour les conférences de l’ICGN et de l’UNPRI la semaine du 12 septembre feront entendre cette demande d’une meilleure intégrité des marchés.

Le Conseil Œcuménique des Eglises, récemment cité par Bertrand Badré dans les colonnes du Figaro, rappelait : « Le développement, au contraire, c’est la stratégie de l’embryon, mettre les choses qu’il faut à leur juste place et en temps voulu et en veillant à respecter leurs relations. » L’oxygène manque à notre grand corps économique européen, il faut faire revenir l’actionnaire : c’est la condition de l’investissement et de l’emploi.

PHL.png 7 Septembre 2011


* Le Figaro 27 août 2011 « Distinguer le développement de la Croissance » ; Bertrand Badré met justement en cause non le travail des agences de notation mais la délégation qui leur fût faite par les banques universelles entre 1980 et 1990, « faiblesse majeure de la pensée et de l’action. »

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