En matière de rémunération des dirigeants, nombre d’investisseurs s’imposent de ne pas avoir d’opinion sur les montant versés, lesquels sont pourtant bien de leur compétence(*) : ils ne se prononcent pour la plupart hélas que sur la transparence, la méthode de fixation utilisée, l’indexation, bref la technique retenue par les administrateurs sur proposition de leur comité de rémunération.
Proxinvest vous présente donc ses Prix sucrés de la Rémunération du Dirigeant pour 2010!
Le Prix Citron de la Rémunération est attribué à UBS pour la progression globale des bonus que relève notre confrère de l’ECGS, Ethos : c’est un montant de 4,3 milliards de francs suisses, qui, selon la banque , « reflète la performance individuelle et l’amélioration de la performance de chaque division » en particulier celle de la banque d’affaires, laquelle après une perte cumulée de 57 milliards a présenté un profit de 2,2 milliards en 2010 qui a donc mérité 9,3 millions CHF pour le président de la banque d’affaires Mr. Kengeter, dont 89.6% de variable. Merci pour votre aide, Monsieur Madoff.
Le Prix Groseille à Maquereaux est offert conjointement à BNP Paribas et à la Société Générale pour avoir publié avec retard et dans un deuxième document de référence les rémunérations variables de leur directeur général respectif.
Ainsi le PDG de Société Générale, Frédéric Oudéa aurait obtenu le 7 mars de son conseil confirmation d’un bonus de l’ordre de 3 M€ en sus du fixe de 850 000 € qui passera à 1 million d’euros pour 2011…+ 18%. En insistant, on obtient un document destiné aux seuls scientifiques qui présente une information confuse permettant aux experts de calculer le bonus conditionné du PDG pour 2010, soit 3 M€ (au total, retraite comprise, 4,2 M€ selon Proxinvest**).
De son coté, BNP Paribas, qui a versé un milliard de bonus pour 2010 à ses traders, révèle dans un document difficile à trouver qu'elle aura offert pour 2010 à Baudoin Prot 176 % de son salaire fixe en variable pour partie conditionné alors que celui-ci est officiellement plafonné à 150% (rémunération totale annuelle : 3 061 962 €).
Prix Nèfle du Japon : pour Renault et Carlos Ghosn, bien sûr, qui a renoncé à son bonus français pour 2010… année de prime à la casse et d’aide publique. Mieux vaut renoncer à ce qui n’était pas acquis! Il avait touché 8 millions d’euros au Japon l’an dernier, chiffre non mentionné au rapport incomplet de Renault, et il a confirmé le 29 avril qu’il ne dirait rien sur le bonus japonais qu’il se voit attribuer chez Nissan pour 2010. Normal, puisqu’il ne l’a pas encore reçu, il ne saurait en informer les actionnaires.
Prix Poire de la Rémunération: avec son concept de « Fixe mobile », Axa contribue énergiquement à l’inflation des rémunérations de dirigeant. Son Président du directoire, devenu PDG, Henri de Castries, a vu son fixe passer de 500 000€ en 2007 quand le cours était à 27€ à 600 000€ en 2008 puis à 950 000 € en 2010. Ainsi son fixe a quasiment doublé tandis que le cours d’Axa baissait de 22% d’une année à l’autre et surtout que la valeur de l’actionnaire perdait 22% depuis 2007 : son bonus de 2.061.087 € représentait pourtant 84% de la cible des administrateurs (!),au total à 4,2 millions selon la société !
Ceci, sans tenir compte de la contribution d'AXA pour sa retraite dont la provision constituée pour lui-même et Denis Duverne s’élève dejà au montant astronomique de 26 millions d’euros à fin 2010.
Le Prix Pastèque de la Rémunération revient à Sanofi Aventis qui a attribué à Jean-François Dehecq, ancien Président parti en retraite en 2010, en sus d’une rente confortable de 778 944 euros par an, une «indemnité de fin de mandat» de 3 799 032 €, soit l’équivalent de 20 mois de sa dernière rémunération totale (fixe et variable). On s’inquiète du préjudice subi par Jean-François Dehecq lorsqu’il a fait valoir ses droits à la retraite.
Le Prix Orange de la Rémunération est attribué aux membres du comité de rémunération de GDF Suez. qui ont égaré leur calculette : le bonus de Gérard Mestrallet en théorie plafonné à 150% du fixe a bien satisfait les critères, il a donc finalement touché… 167% du fixe, pour un total de 3 322 568 € hors retraite sur-complémentaire et avant ses généreuses dotations d’options et d’actions de début 2011.
Le Prix Banane de la Rémunération est attribué à Dexia qui innove en créant un « élément de variable fixe » : pour réduire l’exposition au court terme du directeur général Pierre Mariani, certes très exposé, on lui offre une « Prime de fonction fixe de 200 000 € classé dans la catégorie innovante de « rémunération variable non soumise à condition de performance » « afin de réduire la potentielle incitation à la prise excessive de risque ». Tout ceci pour un total de plus de 2 millions €…
Le Prix de la Bonne Pêche devait revenir à LVMH, un habitué, qui a attribué à Bernard Arnault pour 2010 40 235 actions gratuites, soit au cours du jour d'attribution (90,52 €) un équivalent espèces de 3 642 072 €, pour une rémunération totale de plus de 7 M €… Ah, luxe quand tu nous tiens !
Enfin, le Prix Griotte est attribué à un heureux retraité de Veolia Environnement, le PDG d’EDF, Henri Proglio : il touche pour 2010 un modeste salaire d’électricien soit 1 604 820 €, tout compris, sa retraite lui étant acquise chez Veolia Environnement de 37% de sa rémunération de référence de 2 M€ soit 740 000€.
Paris, le 10 Mai 2011
(*) Lire l'article du Rapport Moral sur l'Argent dans le Monde P.H.Leroy la rémunération des dirigeants et des traders dans le secteur financier. Octobre 2010
(**) soit 598 400 € cash + environ 25% indexé sur la performance future de l’action Société Générale et versé en numéraire en mars 2012, représentant 12 163 équivalent actions environ 565 000 €, plus 75% conditionnée non acquis jusqu’en 2013 : - 30% de ce montant représentant 523 600 (certaines conditions de performance en semblent faciles : BNPA supérieur 75% du BNPA 2010 ou TSR annualisé supérieur à la médiane).
Le bonus total (cash + differé) offert le 17 mars 2011 par le Conseil de Société Générale à son PDG pour 2010 (année de rétablissement alors que l'action demeure à 49 € très en dessous de son niveau pré-Kerviel) se calcule à l'envers sur la base des pourcentage attribués par la scoiété aux diverses tranches differées qui totalisent 80% du montant total. Sur la base du bonus remis immédiatement à Frédéric Oudéa, soit 588 400 €, on calcule aisément que le total du bonus est de 3 M€ soit 350% du salaire fixe officiel de 850 000 € (et 240% du fixe réel majoré de l'indemnité pour retraite).
Si l'on examine la part actionariale acquise du bonus différé donc aisément couvrable à terme contre toute baisse de l'action, on observe qu'elle représente 25% du differé (12 163 gratuites actions acquises bloqués jusqu'à fin mars 2012 pour le PDG. Le reste soit 75% du différé est effectivement conditionnel. Une couverture de la part acquise étant aisément réalisable il semble légitime d'assimiler cette part à la part de bonus en espèces, soit un total de bonus cash de 770M€ pour le PDG.
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